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Tozeur (توزر) est une ville du Jérid tunisien et le chef-lieu du gouvernorat du même nom. Elle compte 32 400 habitants selon le recensement de 20041. Située au nord-ouest du Chott el-Jérid, elle se trouve à 450 kilomètres au sud-ouest de Tunis. Il s'agit de l'une des oasis situées aux portes du désert du Sahara. Tozeur est une ville avec un passé religieux important et connue pour ses lettrés comme sa géographie contemporaine, parsemée de marabouts, en témoigne.
modifier ÉtymologieLe comte Auguste-Antoine du Paty de Clam (1856-1929), officier, administrateur des colonies, archéologue et membre de la Société de géographie de Paris passionné par l'histoire de la Tunisie2, a émis quatre hypothèses concernant l'origine du nom de Tozeur3. La première suppose que l'appellation existait déjà dans l'Égypte antique sous la forme de Tes-Hor signifiant « ville du soleil » et que les Grecs transforment plus tard en Apollonites ; une colonie venue de cette ville aurait peut-être repris la même appellation. La seconde hypothèse indique qu'il viendrait du nom de la pharaonne Taousert — signifiant en égyptien « la puissante » — et qui monta sur le trône après la mort de son mari Séthi II (pharaon de la XIXe dynastie et petit-fils du célèbre pharaon Ramsès II). La ville de Tozeur serait un hommage rendu par une colonie kouchite à cette reine qui fut la dernière représentante de la dynastie. Cette hypothèse est corroborée par le fait que l'architecture de Tozeur est caractérisée par l'usage de la brique en terre cuite et séchée au soleil. Or, l'Égypte antique est connue pour avoir utilisé un tel savoir-faire dans ses constructions urbaines4. La troisième hypothèse indique que le mot est une forme féminine berbère de l'adjectif « fort », Taouser, dont la forme signifierait « forte ». D'ailleurs, en 205 av. J.-C., le royaume berbère de Massinissa s'étendait jusqu'à cette ville. La dernière hypothèse suppose que le nom de la ville est l'une des figures du nom Utsuur, c'est-à-dire « celle d'Assur » ou « celle provenant d'Assur » car le nom de la ville serait un hommage rendu par une colonie assyrienne à leur patrie d'origine. Quant au philosophe tunisien Youssef Seddik, il rejoint plutôt l'hypothèse d'une origine égyptienne antique du nom :
modifier GéographieLa ville est entourée d'une palmeraie d'approximativement 1 000 hectares6, abritant quelques 400 000 arbres6,7 autrefois irrigués par quelques 200 sources remplacées dès 1995 par les nombreux forages modernes qui alimentent désormais Tozeur. Même si la nappe phréatique reste surexploitée, des mesures comme l'introduction du goutte-à-goutte ont permis d'économiser de 35 à 30 % de la consommation8. La palmeraie se découpe en milliers de petits jardins (en moyenne d'un demi-hectare) plus ou moins bien entretenus : seules 25 % des terres sont cultivées et de nombreux palmiers meurent faute d'entretien7. Néanmoins, 500 nouveaux hectares ont pu voir le jour grâce à l'exploitation de la géothermie8. Elle a servi de décor pour de nombreux films comme Star Wars ou Le Patient anglais6. modifier HistoireLa région connaît un peuplement ancien, notamment durant la civilisation préhistorique du capsien et, comme toute l'Afrique du Nord, s'appuie sur un fond berbère même si on n'en trouve guère de trace et si la tradition locale ne le revendique pas : elle se positionne en effet sur une arabité qui fait le lien avec le prophète Mahomet. Elle devient très vite un centre actif du commerce caravanier transsaharien fréquenté par les Carthaginois. En 148 av. J.-C., elle est citée par Ptolémée qui l'appelle Tisouros. Les Romains, en pleine conquête de la rive sud de la mer Méditerranée, s'y installent en 33 av. J.-C., la ville prenant alors le nom de Thusuros dans la Table de Peutinger, les vestiges de cette époque sont rares mais visibles :
Au-delà, il ne reste que les témoignages de Pline l'Ancien, certes lyriques mais précieux, décrivant la beauté paradisiaque de l'endroit10. La ville devient un poste sur le limes saharien, sur la voie romaine allant de Gabès à Biskra, spécialisé dans le commerce des dattes mais aussi des esclaves. De l'influence chrétienne sous saint Augustin, il subsiste les vestiges d'une église reprise ensuite par la mosquée El Kasr, située à Bled al-Hadhar, et certains rites comme le Sidi Yuba qui consiste à baptiser les garçons avant la circoncision6. Pendant le Moyen Âge, la région de Tozeur est appelée « pays de Qastiliya » — nom mentionné par le célèbre géographe arabe Al Bakri (1014-1094)11 — du fait de la succession de villages fortifiés appelés castella, ce qui transforme au fil du temps Tozeur et ses alentours en refuge pour divers dissidents (donatistes chrétiens, chiites et kharidjites)6. L'esprit contestataire des habitants, qui développent une identité forte, les poussent à fomenter une révolte menée par Abu Yazid durant douze ans contre le régime des Fatimides (935-947)6. Il fondent aussi des principautés indépendantes du pouvoir central qui finissent par être reconquises par les Hafsides6. Selon une autre approche plus mythologique qu'historique, le mot Qastiliya fait allusion à Qustal, fils de Sem[Qui ?] et petit-fils de Noé qui aurait fondé la ville après le déluge12. Jusqu'au XIIe siècle, Tozeur est un centre culturel florissant accueillant de nombreux théologiens et voyant se développer une tradition orale parmi les plus riches du Maghreb et une tradition poétique qui se perpétue jusqu'au XXe siècle, notamment à travers le grand poète Abou el Kacem Chebbi6. On doit aussi en la personne d'Ibn Chabbat — de son vrai nom Abou Abdallah Ibn Ali Ibn Al Chabbat Al Touzri né en 1221 à Tozeur et mort le 19 juillet 128213 —, homme de lettres, mathématicien, poète, juriste (cadi à Tozeur et précepteur à la mosquée Zitouna de Tunis) mais surtout horticulteur et hydraulicien, la conception et la réalisation d'importants travaux avant-gardistes sur la culture du palmier et l'amélioration notable d'un système de répartition des eaux qui fonctionne encore de nos jours dans plusieurs oasis du sud tunisien14. Son plan du XIIe siècle est exposé au Musée des arts et traditions populaires de Tozeur. La cité se développe en dehors de sa palmeraie et connaît un grand essor économique jusqu'à son apogée au XIVe siècle. L'historien Ibn Khaldoun raconte l'activité importante que connaît Tozeur à cette époque :
En 1730, le célèbre voyageur anglais Thomas Shaw (1694-1751), visitant Tozeur, signale l'importance commerciale de la ville à telle enseigne que les marchands locaux allaient jusqu'en Éthiopie pour chercher des esclaves au prix de deux ou trois quintaux tunisiens par esclave3. Tozeur reste une ville de destination ou de passage pour de grandes caravanes jusqu'au XIXe siècle, époque où elle se replie sur la production de dattes. Elle est alors, selon le témoignage du comte du Paty de Clam qui l'a visité à la fin du XIXe siècle, la plus vaste, la plus importante et la plus belle oasis du Jérid3. Certains voyageurs européens, durant cette période, iront même jusqu'à indiquer que la ville de Tozeur était aussi grande que celle d'Alger3. Alors que la municipalité est créée le 23 juillet 1888, le développement des villes minières voisines de Métlaoui et Redeyef, vers les années 1950, voit la population de Tozeur diminuer. modifier Architecture et urbanismeL'une des parties de la ville ancienne est construite en briques (valorisées aujourd'hui dans un but touristique) faites d'un mélange de sable et d'argile. Elles sont posées de façon à augmenter la surface du mur qui se trouve à l'ombre6. Les maisons de l'un des plus vieux quartiers de Tozeur (Ouled el-Hadef) sont ainsi dotées de cette architecture, ses petites ruelles (datant du XIVe siècle) formant un véritable labyrinthe. modifier CultureLe musée Dar Cheraït, premier musée privé tunisien fondé en 1990, abrite une collection de nombreuses œuvres d'art et d'ustensiles témoignant de la vie des familles tunisiennes au cours des différentes époques même si elle est très peu centrée sur la vie locale6. Le zoo du désert héberge toutes sortes d'animaux du désert : serpents, scorpions, fennecs, gazelles, chacals, couple de lions et l'immanquable chameau qui boit du Coca-Cola, curiosité locale des touristes. modifier ÉconomieLa région de Tozeur continue de vivre essentiellement de son économie oasienne : l'agriculture reste l'activité maîtresse de la cité qui voit la moitié des 100 000 habitants de la région dépendre de ce secteur8. L'organisation agricole, autrefois centrée sur une utilisation raisonnable de l'eau, permettait une production maraîchère importante dans la palmeraie (salades, blettes, carottes, bananes, dattes, etc.)7, assurant l'autosuffisance de la population8. Dès le XIVe siècle, le plan d'irrigation au travers des seguia assurait gratuitement une répartition de l'eau mesurée par le gadous (sablier hydraulique)7 dont le nom vient du latin cadus (clepsydre), lui-même émanant du grec kados15. La survie d'un tel terme depuis l'Antiquité montre à quel point la région de Tozeur a été le receptacle de cultures méditerranéennes qui apportèrent leur savoir-faire en matière d'agriculture et de techniques d'irrigation relatives à l'environnement oasien. Toutefois, la situation des agriculteurs s'est fortement dégradée au XXe siècle car l'eau est « devenue un bien comme les autres » en devenant payante, l'arrosage se montant à 30 à 50 millimes par mètre cube pour un arrosage hebdomadaire8, conduisant nombre d'agriculteurs à travailler dans le secteur touristique7. La production annuelle de dattes se monte à 35 000, dont 4 000 issues de l'agriculture biologique et les deux-tiers de la variété des deglet nour8, et représente le tiers de la production nationale8. Les autorités cherchent également à développer la pratique de la culture à trois étages : maraîchage au sol, arbres fruitiers puis palmiers au-dessus8. Au début des années 1990, le gouvernement tunisien donne la priorité au tourisme saharien. Une douzaine d'hôtels de grand standing apparaissent alors pour attirer des touristes vers des séjours clés en main7. La durée moyenne de séjour des touristes reste toutefois faible car ils sont surtout de passage dans le cadre de circuits organisés depuis les stations balnéaires8. L'aéroport international de Tozeur-Nefta, mis en exploitation en 1980, est voué aux charters mais n'atteint pas sa pleine capacité (86 000 passagers en 2007 sur une capacité de 400 000). Mais, selon Claude Llena, c'est la « minorité possédante et le capital touristique du Nord [qui] ont rapidement mis la main sur cette rente touristique au détriment de la population locale »7. Le secteur n'engendre que 2 500 emplois permanents et 5 000 emplois indirects. En mai 2008, la région incluant Tozeur, Nefta et Tamerza compte 41 unités hôtelières dont trois établissements cinq étoiles et a accueilli 338 000 visiteurs en 20078. Ce nombre limité s'explique par l'orientation locale vers un tourisme haut de gamme. C'est dans ce contexte que se situe l'aménagement d'un terrain de golf, le Golf des Oasis, inauguré en plein désert en novembre 2006. Il touche les abords de la palmeraie et puise dans la nappe phréatique pour maintenir le gazon planté en plein désert7 même si 90 % de la consommation en eau de la ville reste liée à l'agriculture8. modifier Personnalités
modifier Références
modifier Bibliographie
modifier Lien externe
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