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Platon (en grec ancien Πλάτων / Plátôn, Athènes, -427 – -348 (78–79 ans)) est un philosophe grec, disciple de Socrate. Surnommé le « divin Platon », il est souvent considéré comme un des premiers grands philosophes de la philosophie occidentale. Selon une célèbre formule d'Alfred North Whitehead, « la philosophie occidentale n'est qu'une suite de notes en bas de page aux dialogues de Platon. »1. La philosophie platonicienne se caractérise par son extrême richesse. On a l’impression qu’il n’y a pas de problèmes ou de questions que Platon n’ait déjà soulevés. Platon s’est tourné aussi bien vers la philosophie politique que vers la philosophie morale, la théorie de la connaissance, la cosmologie ou vers l’esthétique. Ses positions sont encore souvent discutées ou défendues par la philosophie contemporaine. Karl Popper a critiqué en plein XXe siècle le « communisme de Platon », tandis que le platonisme est une position qui fut défendue de nos jours aussi bien par Frege que par Russell.[réf. nécessaire]
modifier Biographie et chronologieLa vie de Platon est assez mal connue2 Comme pour beaucoup d'autres philosophes de l'Antiquité, il est souvent difficile de faire la distinction entre ce qui relève de l'histoire, de la légende ou simplement du ragot. modifier JeunesseIl naquit sous l'archontat d'Aminias à Athènes dans le dème de Collytos en -428/-427, deux ans après la mort de Périclès (-429), pendant la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte (-431/-404). Il appartenait à une famille aristocratique : son père, Ariston, prétendait descendre du dernier roi légendaire d'Athènes (Codros), et sa mère, Périctionè, descendait d'un certain Dropidès 3, proche de Solon 4. Elle était également la cousine germaine de Critias et la sœur de Charmide, deux des Trente Tyrans d'Athènes en -404. Platon avait donc les relations les plus intimes avec le parti oligarchique, et semble n'avoir pas été insensible à la célébrité de sa famille, qu'il mentionne dans le Charmide5 et dans le Timée.6 Par ces rapports avec Critias et Charmide, tous deux du Conseil des Trente Tyrans imposé par Sparte à la fin de la guerre du Péloponnèse, tous deux disciples de Socrate, tous deux de sa famille, on a voulu expliquer le caractère de ses idées politiques. L'éducation qui, à Sparte, négligeait l'âme et ne s'occupait que du corps, la politique ambitieuse et avide de domination, la passion guerrière, l'immoralité des femmes, sont sévèrement jugées par Platon7, bien que lui aussi défende un régime oligarchique, c'est-à-dire réservé à une élite.8. La date de naissance est incertaine : la tradition platonicienne la fixe à la troisième année de la 88e olympiade, au 7 du mois thargélion, qui correspondrait au 21 mai de l'an -429. Platon appartient donc à une riche famille de propriétaires terriens. Il vivra largement là-dessus. On le verra faire des voyages, acheter la bibliothèque de Philolaos, organiser une chorégie, qui est une fête très coûteuse.9 Suivant l'usage des grandes familles de son pays, Platon prit le nom de son grand-père : Aristoclès. « Platon » (Πλάτων) est un surnom. Selon Diogène Laërce, ce fut Ariston, qui l'éduquait en sport, qui l'appela ainsi, « à cause de sa constitution robuste » : platos (πλάτος) signifie « largeur ». Il était de stature « large » (πλατύς).10 Une autre explication est qu'il parlait abondamment, ou qu'il avait le front large, ou enfin qu'il avait un caractère large et un esprit étendu11. Il perdit son père assez tôt, dès sa première année. Il avait alors trois frères, dont Adimante et Glaucon, qui sont des interlocuteurs dans La République, et une sœur, Potonè, mère de Speusippe, qui succéda à Platon à la tête de l'Académie. Sa mère se remaria avec son oncle maternel, Pyrilampe, dont elle eut un fils, Antiphon, qui, lui, est un interlocuteur dans le Parménide. Aucun des éléments qui, d'après les idées des Grecs, constituaient une parfaite éducation ne lui manqua. Il eut pour maître de gymnastique Ariston d'Argos, et l'on dit qu'il a remporté deux prix aux Jeux olympiques et aux Jeux isthmiques12. La musique (flûte, cithare) lui fut enseignée par Dracon, élève du célèbre Damon, et par Métellus d'Agrigente. Tous ses dialogues, et particulièrement le Timée, attestent qu'il avait poussé fort loin les études théoriques de cet art, qui, dans l'antiquité, se rattachaient étroitement aux mathématiques. Ce fut Denys le grammairien, mentionné dans les Amants, qui l'initia à cet ensemble de connaissances libérales que les Anciens appelaient "la grammaire"13, et longtemps avant son voyage en Égypte il avait peut-être entendu à Athènes le célèbre mathématicien Théodore de Cyrène14, qui était venu visiter cette ville avant la mort de Socrate. L'importance des mathématiques a sans doute été grande à ses yeux ; Platon fut un des plus grands promoteurs de cette science15. On ignore l'identité de son éraste, mais appartenant à l'élite de la socité grecque, il est presque évident qu'il connut une relation pédérastique, éducation dont il fera l'apologie dans Le Banquet. Par la suite il prendra nombre de ses disciples en tant qu'éromène, notamment Dion de Syracuse. Il s'initia à la peinture, écrivit des poèmes, des dithyrambes, des vers lyriques et des tragédies. Vers 410, il fut élève de Cratyle, un disciple d'Héraclite, et d'Hermogène, un disciple de Parménide. Il abandonna de bonne heure la vie politique, la seule digne d'un homme selon l'Antiquité, et que lui-même considérait comme le plus grand honneur, comme le plus grand devoir d'un bon citoyen, mais aussi comme le couronnement de la vie philosophique16. Si l'on en croit la VIIe lettre, dont l'authenticité est généralement acceptée, il aurait essayé de la politique, et même pris quelque part au gouvernement des Trente Tyrans, despotique et sanguinaire au point de perpétrer environ 1500 exécutions sommaires. Il y aurait vite renoncé, dégoûté par les excès et les fureurs des partis.17
En -403, la démocratie fut rétablie à Athènes par Trasybule et Anytos (un accusateur de Socrate 4 ans plus tard). Platon devint le disciple de Socrate durant neuf ans (-408/-399), jusqu'à la condamnation de Socrate, qui avait résisté, entre autres, aux Trente Tyrans en refusant "d'obéir aux gens de l'entourage de Critias qui lui ordonnaient de leur amener Léon de Salamine, un riche démocrate, pour qu'il fût mis à mort"18. À la suite de cette rencontre, Platon abandonna l'idée de concourir pour la tragédie et brûla toutes ses œuvres. Platon transmettra l'enseignement de son maître en se l'appropriant et en le transformant peu à peu. Il commença ses dialogues dès le vivant de Socrate : Hippias mineur, Ion, etc. "Socrate, qui venait d'entendre Platon donner lecture du Lysis, s'écria : 'Par Héraclès, que de faussetés dit sur moi ce jeune homme !'"19 Malade, il n'assista pas à la mort de Socrate20 en -399. Inquiet sur le sort des disciples de Socrate, il se réfugie à Mégare, chez Euclide de Mégare21, autre disciple de Socrate. "Par la suite, il alla en Égypte chez les prêtres du haut clergé."22 ; ce n'est pas certain, car sa connaissance de l'Égypte paraît indirecte et stéréotypée.23 ; c'était peut-être en -392, peut-être avec Eudoxe de Cnide. Platon a participé, comme cavalier, à la bataille de Corinthe, qui vit la victoire de Sparte sur Athènes en -394. À Cyrène, il aurait rencontré les philosophes Aristippe de Cyrène et Annicéris de Cyrène, défenseurs d'une philosophie de la jouissance, et le mathématicien Théodore, qui figurera dans le Théétète. En Italie du Sud, dans la Grande-Grèce, à Tarente, il rencontra le grand pythagoricien Philolaos de Crotone, et ses auditeurs, Timée et Archytas de Tarente ; à cette occasion, qui date de 388-387, il s'ouvrit un premier accès approfondi au pythagorisme : opposition âme/corps, nombres, idéal oligarchique du philosophe-roi.24 Semble-t-il, car la Lettre VII (338cd) laisse entendre que Platon ne rencontra Archytas qu'au cours du deuxième voyage en Sicile . Premier voyage politique en Sicile en -387. Il fut reçu à la cour de Syracuse, par Denys Ier l'Ancien, qui s'intéressait à la philosophie. Il gagna à la philosophie Dion de Syracuse, beau-frère de Denys. Mais il ne tarda pas à déplaire au "tyran" (maître souverain), soit à cause de son penchant à faire la leçon, soit à cause de son rayonnement. Embarqué de force sur un bateau spartiate, il fut peut-être capturé, vendu comme esclave à l'île d'Égine25, alors en guerre contre Athènes, mais il fut sauvé par Annicéris de Cyrène, le philosophe cyrénaïque, qui l'aurait reconnu, acheté "pour 20 mines d'argent", puis libéré.26 Cet épisode semble plus fictif qu'historique. modifier MaturitéAprès l'échec politique à Syracuse, Platon fonda, à Athènes, près de Colone et du gymnase d'Acadèmos, en -387, une école, l'Académie, sur le modèle des pythagoriciens. Il y enseigna pendant quarante ans. Sur le fronton de l'Académie était gravée, dit une fausse légende, cette devise : « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre. »27. C'est le premier institut d'enseignement supérieur que nous connaissions. On y poursuivait des recherches scientifiques ; l'enseignement des sciences exactes y préparait à l'étude de la philosophie considérée en elle-même ; et dans ses applications à la politique. Il s'y forma des philosophes - comme Aristote qui y passa vingt ans - et de nombreux hommes d'État (dont Hermias d'Atarnée, condisciple et protecteur d'Aristote). Les principaux membres de l'Académie sont Eudoxe de Cnide, Héraclide du Pont, Speusippe, Xénocrate, Aristote, le mathématicien Théétète, et deux femmes : Axiothea et Lastheneia. L'école devait subsister pendant neuf siècles, jusqu'au règne de Justinien28, en 529. Platon devint vraiment Platon vers -382, en écrivant le Phédon, où l'on découvre les grands thèmes platoniciens.
Vers -380, Platon aurait initié le mathématicien Léodamas de Thasos à l'usage de l'analyse en géométrie.29 Mais qu'entendre ici par analyse ? la remontée aux principes ? la déduction à partir des principes ?30 la réduction des théorèmes particuliers à des axiomes simples et évidents ou à des principes admis ? Vers -370, Platon traversa - selon Pierre-Maxime Schuhl - une longue crise intellectuelle, où il s'interrogea sur sa théorie des Idées (Parménide, Sophiste)31. Il admet la difficulté, non seulement de la participation (μέθεξις / méthexis), non symétrique, des Idées avec les choses sensibles, mais encore du mélange (σύμμιξις / súmmixis) des Idées entre elles, et même de la communion (κοινωνία / koinômía) entre les Idées et le Bien32. En même temps, il semble, sous l'influence d'Eudoxe de Cnide, admettre un ordre dans le sensible, et s'orienter vers un certain dualisme de type oriental : « Cet univers, tantôt la Divinité guide l'ensemble de sa marche, tantôt elle l'abandonne à lui-même33. » Deuxième voyage politique en Sicile au début de -367. À la mort de Denys Ier l'Ancien, en -367, Dion de Syracuse appela Platon près de lui, pour faire de son beau-frère, Denys II le Jeune, fils de Denys l'Ancien, un philosophe à la Platon. Platon effectua un retour en Sicile, il pensait créer une cité gouvernée selon ses principes philosophiques : il a terminé La République en -37234, persuadé que si les philosophes ne deviennent pas rois ou si "les rois ne deviennent pas philosophes (…) il n'y aura pas de trêve aux maux dont souffrent les États"35. Mais Denys le Jeune bannit Dion, soupçonné de comploter, et Platon fut retenu un an sans rien pouvoir faire dans la citadelle d'Ortygie.36 Aristote entra alors dans l'Académie, en -366, à l'âge de 17 ans, pour vingt ans d'études. Troisième et dernier voyage politique en Sicile en -360. En -361, Denys II le Jeune promit d'accorder sa grâce à Dion à condition que Platon revienne une troisième fois en Sicile. Platon, âgé de 68 ans, confiant l'Académie à Héraclide du Pont, accepta, avec Speusippe et Xénocrate.37 Mais ses relations avec Denys II se dégradèrent. Le pythagoricien Archytas de Tarente dut envoyer un vaisseau de guerre pour libérer Platon. Ce fut l'occasion d'un second accès approfondi au pythagorisme : il acheta, dit-on, des manuscrits de Philolaos de Crotone, « pour cent mines d'argent » (à cette époque, ou, à la mort de Philolaos, vers 390 av. J.-C.) ; on trouve dans le Philèbe (16c), qui date de 347 av. J.-C., l'opposition Limité/Illimité caractéristique de Philolaos. À Olympie, lors des Jeux Olympiques de -360, il retrouva Dion de Syracuse, mais il lui conseilla de renoncer à une expédition contre Denys le Jeune38. Quatre ans plus tard, Dion renversa Denys II le Jeune, mais il fut assassiné par un ami, le platonicien Callippe de Syracuse. modifier VieillesseDans ses dialogues de vieillesse, surtout dans le Timée, sa philosophie changea quelque peu. Il semble aussi que, peut-être vers -350, Platon ait donné un enseignement oral d'orientation dualiste et pythagorisante, centré sur les Nombres idéaux. Platon, âgé de 80-81 ans, mourut à Athènes en -347 ou -346, "au cours d'un repas de noce".39 Il rédigeait alors Les Lois, restées inachevées au livre XII. La tradition voudrait le faire mourir à 81 ans, sur la base de symbolisme des nombres, car 81 est le carré de 9.40 Il avait un fils, Adamante. "Il fut inhumé à l'Académie." Pendant ce temps, la guerre de Philippe de Macédoine pour conquérir Athènes faisait rage. Aristote, déjà auteur de remarquables dialogues (perdus) et de son œuvre logique, fut dépité de voir Speusippe, neveu de Platon, nommé scolarque, recteur de l'Académie, plutôt que lui. Il partit en Asie chez Hermias d'Atarnée, un "tyran", ancien condisciple à l'Académie. modifier Classement chronologique des dialoguesLes spécialistes de stylistique, de statistique lexicale41 et d'histoire des idées ont classé les 35 dialogues attribués à Platon en grands "groupes", sans toujours s'entendre sur la stricte succession de chacun ou sur la périodisation par groupes.42 Voici la succession (pas la périodisation) proposée par Luc Brisson43.
Il n'y a toutefois aucun accord des spécialistes sur la périodisation des dialogues de Platon, aucun critère n'apparaissant suffisamment probant. Les classifications sont donc toutes plus ou moins spéculatives. modifier La philosophie de Platonmodifier Socrate et PlatonLa rencontre entre Socrate et Platon a été essentielle pour l'évolution de la pensée de ce dernier. C'est en effet dans la pensée de Socrate que Platon a trouvé les germes de nombre de ses théories que ce soit en éthique, en philosophie politique ou en ce qui concerne la théorie des Idées. L'influence de Socrate sur Platon a été si grande que l'œuvre de ce dernier a été écrite en partie à la mémoire de Socrate son maître comme le montrent surtout le Phédon, le Banquet et l'Apologie de Socrate. Ce lien si intime qui lie la pensée de Platon explique qu'il est souvent difficile de distinguer le Socrate historique du Socrate de Platon d'autant plus que les textes de Platon sont de loin les témoignages les plus riches que nous possédions sur Socrate. modifier Le dialogue chez PlatonLa caractéristique la plus évidente des textes platoniciens est qu'ils sont écrits sous forme dialoguée. Il existe deux approches différentes de ce fait. La première affirme qu'il ne s'agit que d'une caractéristique extérieure et sans importance sur les conceptions platoniciennes. Cette approche a été systématisée et défendue depuis le XIXe à la suite des travaux et des traductions de l'érudit allemand Schleiermacher. Cette approche se retrouve par exemple chez Robin en France ou Natorp en Allemagne. Elle est encore de nos jours défendue par beaucoup dont par l'École de Tübingen (Tübinger Schule) présente en Allemagne (avec Krämer par exemple) et en Italie (avec Reale). Une deuxième approche au contraire considère que la forme dialoguée est importante pour la compréhension des textes eux-mêmes et qu'elles ne constituent pas un simple procédé littéraire. C'est le cas en Allemagne de Wieland et aux États-Unis de Leo Strauss. La forme dialoguée pourrait bien avoir un effet philosophique spécifique : il n'est pas certain que le point de vue proprement platonicien s'exprime dans la bouche de l'un ou l'autre personnage du dialogue, fût-ce Socrate lui-même. Ce serait alors au lecteur lui-même de former son propre jugement, évidemment suggéré par l'échange entre les personnages du dialogue. On admet cependant d'une façon générale que plus Platon avance dans l'écriture des dialogues successifs, plus le personnage de Socrate deviendrait le porte-parole de ce qui deviendrait peu à peu la "doctrine platonicienne". Mais même dans les dialogues de "maturité", le texte fait état d'incertitudes qui justifient l'usage de la forme dialoguée. modifier La philosophie chez PlatonLe philosophe est une des figures centrales des dialogues de Platon. C'est la nature et la place de ce type d'homme qui est souvent l'objet de ses réflexions. Le philosophe, selon Platon, doit devenir un législateur et un réformateur politique afin d'obtenir l'instauration de la justice dans la cité. Toutefois, selon certains dialogues comme la République il faut le forcer à le devenir, car il est fort probable qu'il ne consente pas à « retourner dans la caverne». Mais, si ceci est réalisé à tour de rôle par tous les philosophes, et pour le bien de tous, il est fort probable qu'ils acceptent. Il est par ailleurs intéressant de remarquer que Platon n'ait écrit aucun dialogue portant le nom de "Le philosophe", alors qu'il a légué un Sophiste et un Politique. En fait, si la question du philosophe revient souvent chez cet auteur, le portrait de ce dernier est à constituer à partir de plusieurs dialogues, et souvent en creux, par opposition à des figures opposées au philosophe – à savoir avant tout le sophiste. modifier Théorie de la connaissancemodifier Problème de la connaissance sensibleOutre les difficultés d'une science du bien, Platon doit lutter contre le relativisme sophistique selon lequel « l'homme est la mesure de toute chose » (Protagoras). Ce relativisme anéantit en effet la connaissance en la faisant dépendre d'un état subjectif et empirique de l'individu. Le problème qui se pose à Platon est donc celui de la fondation du savoir ; on peut le formuler ainsi : l'intelligence que nous avons des choses doit avoir une origine non sensible, sans quoi toute pensée serait nécessairement fausse. modifier Théorie des IdéesPlaton a développé toute une philosophie des Idées (είδη ιδέαι). Selon lui, les Idées sont la vraie réalité, celle dont dérive l’être des choses dans le monde ; elles sont donc permanentes. Notre pensée implique un niveau qui ne provient pas de l’expérience, mais qui va influencer notre perception de l’expérience. L’expérience en effet ne nous permet pas d’atteindre l’absolu des Idées. Notre connaissance des Idées provient de ce que Platon appelle la réminiscence. Selon Platon, notre âme perd à sa naissance le clair souvenir des Idées. Le « je sais que je ne sais rien » de Socrate est ainsi un « Je sais que j’ai oublié » chez Platon où la connaissance vraie n’existe qu’au niveau des Idées. L’homme, quant à lui, se tient dans l’entre-deux, puisque les réalités empiriques appartiennent au domaine de l’approximation. modifier Méthode de la connaissanceOutre la dialectique des dialogues socratiques, Platon a développé plusieurs méthodes de conduite du raisonnement :
C'est la réminiscence qui selon Platon nous permet de connaître les Idées. Cette thèse suppose l'immortalité de l'âme qui, en séjournant dans un monde intelligible supérieur au monde empirique, se souvient des réalités divines qu'elle y a vues. modifier Philosophie politique et moraleLa philosophie politique est inséparable de la philosophie morale selon Platon (tout comme pour toute la philosophie grecque classique). Exposer l’une signifie donc exposer l’autre. Nous commencerons par la philosophie morale laquelle à son tour est inséparable de ce qu’on pourrait appeler la « psychologie » de Platon. modifier Théorie de l'âmePour Platon comme pour ses prédécesseurs la philosophie n'est qu'une exaltation de l'âme. Pour Platon dans le Phédon, l'âme :
Platon expose cette constitution tripartite de l'âme dans le Phèdre et dans La République. Le noûs, ou la raison, en tant qu'il a affaire à l'intelligible, est le plus noble des trois. Le second, caractéristique de la volonté d'enrichissement personnel, de bonne réputation et des tentatives de prouesses qui en découlent, n'est utile que s'il se met au service de l'élément raisonnable, afin de maîtriser le troisième, qui mène irrémédiablement au vice. En d'autres termes, la vie bonne suppose que s'établisse, entre ces trois parties de l'âme, une hiérarchie : le noûs gouverne le thumos, qui gouverne l’épithumia. Chacune de ces parties possède ainsi une vertu qui lui est propre : la sagesse, le courage et la tempérance ; l'harmonie de ces trois parties est la vertu de justice. Platon croyait l'âme immortelle et chercha à le prouver (sans prétendre y parvenir) dans le Phédon, qui raconte le dernier jour de Socrate. Cette immortalité se lie à la thèse de la migration des âmes et leurs purifications après la mort qu'il décrit dans trois mythes, à la fin du Gorgias, de La République et du Phédon. modifier La Cité platoniciennePlaton estime que la science (ou contemplation des Idées) est supérieure à la pratique, à l'art, à la simple technique empirique : l'aspirant au savoir (le philosophe), au-dessus de la foule esclave des passions et des illusions des sens, est le seul vrai politique (comme Socrate le pensait de lui-même). La politique de Platon est donc une politique qui prétend régir intégralement la vie des hommes, en les organisant dans un système de fonctions dont la tripartition (philosophes, gardiens et travailleurs) est d'origine indo-européenne. Cette organisation politique doit éviter que les sociétés ne tombent en décadence. Platon refuse en conséquence tout individualisme, tout droit à l'originalité et à la liberté subjective (qui n'est qu'un manque de discipline, le résultat d'une éducation défectueuse), car la vérité est une et absolue : c'est elle seule que l'on doit suivre, et elle est connue du seul philosophe. Ainsi, par sa thèse fondamentale d'une réalité ultime sur laquelle les philosophes établissent leur autorité, on a pu dire que le platonisme est une doctrine politico-théologique préfigurant les développements du communisme, défendant l'idée d'un sens de l'Histoire inaltérable. Platon revient sur le problème de la cité dans ses Lois. Il fait discuter plusieurs vieillards sur la valeur de la constitution de plusieurs cités. Cherchant les meilleurs moyens d'inculquer les vertus, Platon parle notamment des vertus éducatives de la beuverie (Livre I). C'est dans La République que Platon expose les théories exposées ci-dessus. Le but de cet ouvrage est de définir la justice chez l'homme. Mais avant d'étudier cette notion à l'échelle de l'individu, Platon réalise une étude à plus grande ampleur, dans le cadre de la cité. Tout d'abord, la Cité juste est définie comme étant celle qui est gouvernée par les « philosophes », dont les ordres sont exécutés par les « gardiens » (oi phylakes), constituant une police politique et militaire exécutant les ordres des « philosophes », afin de dominer la masse laborieuse et de lui imposer les décisions les plus justes possibles. Un contrôle des changes strict est imposé avec les pays étrangers et personne n'a le droit de quitter la cité sans en recevoir la mission des "philosophes", sous peine de mort. Ceux qui reviennent doivent rendre compte en détail aux gardiens de leur mission à l'étranger et ce qu'ils y ont appris. Platon veut établir alors un parallèle avec l'âme humaine : dans l'âme du juste, l'élément raisonnable, appuyée par l'élément irascible, domine l'élément concupiscible, l'empêchant ainsi de nuire. La notion de Justice et de Bien, au final, résulte donc de l'instauration d'un ordre qui serait conforme à la nature, afin de réaliser ce qui serait bon, et ce, à quelque échelle que ce soit. modifier Classification des régimesDans La République (545c - 576b), Platon décrit la manière dont on passe d'un régime politique à l'autre. Cet enchaînement n'a pas pour Platon une valeur historique : comme dans le Timée, il s'agit de présenter une succession essentiellement logique (chaque régime porte en lui un autre régime) sous une forme chronologique.
Le déséquilibre dans les cités, par lequel on passe d'un régime à l'autre, correspond au déséquilibre qui s'inscrit dans la hiérarchie entre les parties de l'âme (voir plus haut). De même qu'une vie juste suppose que le noûs gouverne le thumos, et que celui-ci contrôle l’épithumia, la cité juste implique le gouvernement des philosophes, dont le noûs (la raison) est la vertu essentielle. Au contraire, le régime timocratique correspond au gouvernement du thumos (le courage et l'ardeur guerrière, vertu essentielle des soldats, ou gardiens de la cité), et le régime tyrannique à celui de l’épithumia (la tyrannie est un régime ou seules dominent les passions du tyran). modifier Cosmologiemodifier Utilisation du mythePlaton utilise le mythe à plusieurs reprises. Cette utilisation, dans le cas de la description du monde s'explique par la difficulté suivante : si, pour connaître une chose, il faut connaître sa causalité, comment connaître l'acte créateur de la cause ? L'acte de connaissance doit en effet être le reflet d'un acte créateur qui est inconcevable : comment dans ce cas parler de l'origine du monde ? L'acte créateur n'est-il pas au-delà de tout discours rationnel ? Pourtant l'acte créateur fonde la possibilité de la rationalité. C'est ainsi que Platon se demande comment parler de l'origine du monde sensible, puisque la connaissance dialectique, qui articule les Formes intelligibles, est ici inopérante. On ne peut parler du monde que par un discours qui lui ressemble : un mythe vraisemblable, apparenté au sensible. Le mythe vraisemblable décrit une situation en transposant dans l'espace et le temps les relations que la pensée conçoit sans pouvoir les exposer dialectiquement ; le mythe doit donc être interprété, il ne doit pas être confondu avec la réalité. Il faut traduire en rapport d'idées ce que le mythe a assemblé en fait. Le récit de l'organisation du cosmos par le démiurge va en donner un exemple. modifier L'organisation du cosmos par le démiurgePour connaître le monde, il faut se rapporter à sa cause. La question est de savoir comment exprimer l'antériorité logique d'une cause par rapport à son effet dans le récit. Ainsi, dans le Timée, Platon décrit le démiurge ; pour que le monde sensible existe, il faut qu'un démiurge le crée. Or, cela ne signifie pas que le démiurge a existé antérieurement au monde : il s'agit d'une simple dépendance ontologique. Il faut donc lire une rationalité derrière le déroulement des faits. Le démiurge met les éléments constitutifs du monde en ordre, par une unité proportionnelle. Il organise les éléments avec le même rapport entre eux : c'est l'unité proportionnelle du monde visible et corporel. La création se fait donc suivant une mesure ; le temps est fabriqué suivant le nombre. Le monde sensible est un dieu vivant engendré : pour accroître cette ressemblance, le démiurge fabrique une image mobile de l'éternité, résultat d'une activité productrice, qui règle les mouvements des astres pour leur donner un mouvement circulaire uniforme : les astres deviennent les instruments de mesure du temps par leur révolution apparente. Le temps imite l'éternité dans la mesure où il se meut en cercle suivant le nombre, l'éternité étant éternellement identique à elle-même. La partie éternelle de l'âme est directement produite par le démiurge avec les ingrédients même de l'âme du monde. Le démiurge ne produit pas les corps directement, mais délègue à des dieux subalternes qui les fabriquent tels des potiers. En revanche, l'âme du monde est produite directement de toute pièce par le démiurge. L'âme du monde est un être vivant qui possède âme, mouvement, animation ; son mouvement est mouvement de connaissance, cause de régularité des cycles célestes. L'âme est automotrice, se meut elle-même et est donc principe du mouvement de chaque être. Elle est donc aussi immortelle et impérissable. L'âme du monde est principe et cause première de l'univers ? En tant que principe premier, elle doit être inengendrée ; or, dans le mythe, le démiurge la fabrique. Chaque chose, cité, univers, âme, détient un cosmos auquel elle doit se conformer. modifier L'enseignement oral de PlatonPlaton a-t-il dispensé "un enseignement oral et ésotérique à l'Académie" ? pour dire quoi ? et quand ? Le sujet fait débat. Aristote (Physique, IV, 2, 209b15) parle des Enseignements non écrits (άγραφα δόγματα) de Platon et il mentionne une certaine leçon Sur le Bien (Περì τάγαθου) que prononça Platon, qui, à la surprise des auditeurs (Aristote, Speusippe, Xénocrate, Héraclide du Pont), portait "sur les Mathématiques, c'est-à-dire sur les Nombres et sur la Géométrie et sur l'Astronomie, et enfin que le Bien c'est l'Un" (Aristoxène, Éléments d'harmonie, II, 10). Par ailleurs, Platon lui-même condamne l'écrit (Phèdre, 276e ; République, 376d, 501e) et il fait allusion à des connaissances secrètes (lettre VII, 341 cd ; Phèdre, 274-278), il fait référence à une connaissance plus fondamentale (République, 504c ; Timée, 48c). Quelle date fixer pour cet enseignement oral ? la fondation de l'Académie (selon H. J. Krämer) ou, vraisemblablement plus tard, vers -350 (selon K. Gaiser)48. Résumé du contenu par Marie-Dominique Richard49 : "Le platonisme non écrit est une doctrine émanatiste, engendrant, par l'action réciproque des deux principes - l'Un-Limite et la Dyade indéfinie du Grand et du Petit - les Nombres idéaux d'abord, puis les Idées, et, à partir des Idées - par un processus mathématique de détermination - le sensible lui-même." Dans ses Enseignements non écrits Platon pose deux principes en dualité, c'est-à-dire opposés comme Bien et Mal et ne dérivant pas l'un de l'autre : "l'Un" et "la Dyade indéfinie" du Grand (Excès) et du Petit (Défaut). Entre se placent donc des êtres intermédiaires : l'Âme et les Êtres mathématiques (nombres, grandeurs...). Platon, ici, identifie les Idées et les Nombres idéaux, et il établit cette hiérarchie : 1) l'Un, le premier principe, identique au Bien ; 2) les Idées supérieures (les Nombres de la Décade, surtout 1, 2, 3, 4) ; 3) les Idées particulières ; 4) l'Âme du monde et le système des âmes singulières ; 5) le sensible (le monde des corps visibles) ; 6) en bas, le second principe, la Dyade, le Grand-et-Petit, cause matérielle de tous les êtres. C'est le futur schéma de Plotin, avec ses trois hypostases, principes divins : Un, Intellect (Idées supérieures et Idées particulières), Âme. Les Nombres idéaux sont antérieurs aux Idées, et, semble-t-il, les Idées, qui procèdent donc des Nombres de la Décade, sont des Nombres. Cette théorie a été savamment étudiée par Léon Robin (La théorie platonicienne des Idées et des Nombres d'après Aristote, 1908) et les témoignages ont été regroupés, édités et traduits par Marie-Dominique Richard (L'enseignement oral de Platon, Cerf, 1986, p. 247-381).50 Aristote soutient que la théorie de l'Un et de la Dyade préfigure sa propre distinction de la cause formelle et de la cause matérielle (Physique, I, 189 b, 191 b) ; les néoplatoniciens pythagorisants (comme Syrianos, Nicomaque de Gerasa, Jamblique de Tyr) ont assimilé le Un à la Monade, ils identifient l'opposition Limite/Illimité du Philèbe (16c) avec la Monade/Dyade des pythagoriciens. Le pythagoricien Philolaos de Crotone, avant Platon, opposait "choses limitées" (perainonta) et "choses illimitées" (apeira).51 modifier Le platonisme après Platon
Statue présumée de Platon à Delphes
Platon marqua de façon durable la philosophie de l’Antiquité soit par l’influence qu’il exerça (par exemple sur Plotin) soit parce qu’on le considérait comme le philosophe par rapport auquel on devait se situer. Il fut aussi une source d’inspiration ainsi qu’une cible de biens des critiques. Aristote, Epicure ou les Stoïciens par exemple développèrent une critique plus ou moins systématique de l’éthique, de la théorie de la connaissance ou de la philosophie politique de Platon. Quant à Plotin ou aux Pères de l’Église ils n’ont manqué de voir en Platon un philosophe quasi divin (Plotin) ou en tout cas une source d’inspiration importante. La signification des œuvres de Platon a fait l'objet de nombreuses controverses depuis l'Antiquité. Certains font de Platon un dogmatique ; d'autres un sceptique. Platon fut tantôt récupéré par des courants mystiques (élévation de l'âme vers le bien au-delà de l'être), tantôt par des philosophies purement rationalistes. La diversité de ses dialogues, leurs formes variées, les nombreuses apories qui y sont soulevées expliquent ces importantes divergences des interprétations. Dans l'Antiquité, l'ensemble des dialogues fut organisé d'après un ordre progressif de lecture, alors que les modernes, qui prétendent à un savoir plus critique, se sont surtout efforcés d'établir l'ordre réel de leur composition ainsi que leur authenticité. Ces essais d'organisation du corpus dépendent en fait toujours de l'idée que l'on se fait du platonisme, ce qui a conduit des critiques à exclure plus ou moins arbitrairement certains dialogues (et tous les dialogues ont pu ainsi être suspectés). modifier Traditions platoniciennesLe mouvement platonicien se multiplie en divers courants, écoles, ou périodes.
On appelle platonisme mathématique ou "réalisme mathématique" une théorie philosophique sur les mathématiques, qui croit que les entités mathématiques (nombres, figures géométriques...) ne sont pas abstraites par l'esprit humain mais indépendantes de lui, avec une existence propre. Déjà, pour Platon, les "Nombres, Lignes, Surfaces et Solides" ont une existence en soi, ce sont des substances éternelles, séparées des êtres connus par les sens. Le platonisme mathématique traite de "deux types de problèmes : le premier est ontologique et concerne le mode d'existence des objets mathématiques et le second est épistémologique, portant sur la question de savoir comment nous identifions les objets mathématiques" (Jacques Bouveresse). On peut citer Platon (mais pas Pythagore), Charles Hermite, Albert Lautman (Essai sur les notions de structure et d’existence en mathématique, 1937). Hermite : "Les nombres entiers me semblent exister en dehors de nous et en s'imposant avec la même nécessité, la même fatalité que le sodium, le potassium, etc." (Correspondance avec Stieljes, janv. 1889, Paris, Gauthiers-Villars, 1905, t. I, p. 332). modifier Les commentateurs de PlatonIl semble que Crantor ait composé, vers 350 av. J.-C., un commentaire du Timée. Dès le IIe ou Ier s. av. J.-C. Platon est commenté systématiquement. On sait que Crassus avait lu à Athènes, en 110 av. J.-C., le Gorgias, sous la direction du philosophe académicien Charmadas. Le commentaire philosophique prend de l'importance à partir du IIIe s. ap. J.-C. Les cours de Plotin consistaient avant tout dans l'explication des textes de Platon et d'Aristote étudiés à l'aide des textes de commentateurs antérieurs : Sévère, Cronius, Numénios d'Apamée, Gaius, Atticus pour Platon.64 Les néoplatoniciens ont donné de nombreux et amples commentaires des dialogues, dont Porphyre, Jamblique, Proclos. Parmi les monuments, il faut citer, traduits en français, Proclos (Commentaires sur le 'Timée, Commentaires sur la République), Damascios (Commentaires sur le 'Parménide' de Platon). L. G. Westernink a publié les commentaires grecs du Phédon, par Olympiodore le Jeune et Damascios.65 David Ross a entrepris la publication d'un "Corpus Platonicum Medii Aevi" ; en 1938, deux sections séparées furent distinguées dans cette collection : "Plato Latinus" et "Plato Arabus" (avec al-Farabi). La collection Plato latinus, éditée par R. Klibanski dès 1950, regroupe au t. I la traduction du Ménon par Henri Aristippe (milieu du XIIe s.), au t. II la traduction du Phédon par Henri Aristippe, au t. III le commentaire du Parménide par Guillaume de Moerbeke. modifier ŒuvresL'ensemble des œuvres de Platon se compose de 35 (?) dialogues, de lettres, d'un livre de définitions et de six dialogues apocryphes. Ici donnés dans l'ordre chronologique proposé par Luc Brisson. Il existe en ligne la traduction de Victor Cousin vers 1830 ou de Émile Chambry vers 1930.
modifier Bibliographiemodifier Éditions et ressources
modifier Sources sur la vie de Platon
modifier Études(par ordre alphabétique)
modifier Livres-audio
modifier Notes
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