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L’approche écosystémique est un élargissement de l'approche systémique qui repose sur une hiérarchisation des systèmes étudiés et sur l'approche de leurs écosystèmes.
modifier Avant-proposL’approche écosystémique est un développement de l’approche systémique. Elle conçoit le phénomène étudié comme un tissu d’interactions où les interactions sont décrites de cette façon par Edgar Morin (« La méthode 1. La nature de la Nature», p.51, 1977), « […] Les interactions des actions réciproques modifiant le comportement ou la nature des éléments, corps, objets, phénomènes en présence ou en influence.» L’approche écosystémique, elle, se déploie en une hiérarchie de niveaux de dépendance, de contrainte ou de complexité, de système en système, de système ou métasystème. Ce déploiement est illustré par la série «La Méthode» de Edgar Morin. Au premier niveau du tome 1 est la nature inorganique du monde minéral ou lithosphère qui oriente et délimite les possibilités d’occurrence, de développement et de reproduction de la vie du biosphère au deuxième niveau du monde du vivant (« La méthode 2. La Vie de la Vie, 1980). Le deuxième niveau niveau de la vie, à son tour, oriente et délimite les possibilités d’association des congénères, c’est-à-dire ceux de la même espèce au troisième niveau du social des animaux et des végétaux. Le troisième niveau du social, à son tour, oriente et délimite les possibilités d’occurrence, de développement et de reproduction des idées et leurs modes de représentation engendrées par les activités sociales des collègues, c’est-à-dire ceux qui partagent le même héritage (legs) et la même loi (lex, legis) de la culture du quatrième niveau de la noosphère. L'approche écosystémique se déploie sur ces quatre niveaux, de la culture de l'ordre des idées de la noosphère, à la lithosphère, du complexe aux structures de la complexité. Sans ce monde minéral, il n'y aurait pas de vie. Sans la vie de la biosphère, il n'y aurait pas des êtres sociaux qui, en se liant entre eux, produisent la pensée et pensent la production. L'orientation de cette hiérarchie de dépendance de l'approche écosystémique se vérifie facilement par une évaluation à base zéro (zero basis evaluation). modifier IntroductionL'approche écosystémique, ou approche par écosystème, est une façon de percevoir à la fois l'arbre et la forêt, sans que le premier masque la seconde. L'arbre est perçu comme une configuration d'interactions appropriée aux conditions de vie dans la forêt en compagnonnage avec d'autres arbres qui forment sa niche écologique. Comme ses applications, les sources de l'approche écosystémique sont multiples.
Ainsi chantait le poète John Donne (1572-1631). Pour le mathématicien Jacob Bronowski, la science est inséparable de la poésie, tout comme pour l’anthropologue Gregory Bateson, deux des grands contributeurs à l’approche écosystémique qui, en psychologie, perçoit et conçoit l’Homme comme situé sur une hiérarchie de niveaux distincts, à savoir les niveaux biologique (les activités vitales de l'homme), social (la famille et la société) et culturel (les idées et leurs moyens de représentation). Chaque niveau forme l’enveloppe contextuelle et écologique des êtres, événements, objets et systèmes du niveau suivant. Ainsi, l'approche écosystémique est une méthodologie qui peut s'appliquer à de nombreux domaines, des processus physiques les plus simples aux processus psychiques plus complexes, jusqu'aux processus sociaux hypercomplexes. modifier Histoiremodifier IntroductionLes points de départ de l'approche écosystémique sont la cybernétique et la systémique modernes, réunis au sein du complexe militaro-industriel des États-Unis, qui furent l’arsenal de la démocratie pendant la Seconde Guerre mondiale. La cybernétique des linguistes s’occupait à décrypter les transmissions codées des machines « Enigma », pendant que la cybernétique des ingénieurs se rapportait à la conduite de tir en couplant une énorme machine à calculer avec un radar pour diriger les canons anti-aériens à travers des servomécanismes. D’autres ingénieurs s’occupaient à concevoir, à produire et à livrer sur la ligne de front du matériel militaire en quantité maximale et en un temps minimal. C’est ce qui a permis à Pierre Couffignal (1902-1966) de décrire la cybernétique comme « l’art de rendre l’action efficace » dans son livre de vulgarisation ("La cybernétique", collection "Que saisje", PUF, Paris. Nombreuses rééditions). L’étymologie grecque du nom choisi par Norbert Wiener (1894-1966) évoque plutôt « L’art de gouverner » du timonier (« TaiKon », mot chinois emprunté par l’anglo-américain en « tycoon » pour désigner un potentat, un gouverneur) pour maintenir le dispositif sur une trajectoire optimale. modifier Avant le XXe siècleBien avant, au XVIIIe siècle, en France, il y a eu des machines cybernétiques, comme le métier à tisser de Joseph Marie Jacquard (1752-1834) qui tissait mécaniquement la soie de Lyon . Avec ces proto-robots industriels dans les ateliers, il y a eu aussi dans les salons des aristocrates des "automates", comme le canard de Jacques Vaucanson (1709-1782) qui battait des ailes, lissait les plumes, imitait les actions de boire et déféquer. Selon Joseph Needham, dans la Chine du temps du premier homme qui s’élevait dans les airs sur un cerf volant pour observer le champ de bataille et rapporter la description de sa configuration, la cybernétique chinoise n’était pas des mécaniques horlogères, mais se fondait sur la dynamique des fluides reprise beaucoup plus tard par Jay W. Forrester (1918…) en « flux », « vanne » et « réservoir », rendus populaires en francophonie par Joël de Rosnay (dans Le macroscope). Il s’agit de la régulation des niveaux et des flux. En chinois aussi bien qu’en anglais, le terme régulation, de la régularité, signifie également régler et réglementer et "régence", d’où « L’art de gouverner » et « L’art de légiférer » en plus de l’hydraulique agricole dans le maintien du niveau d’eau optimal en riziculture en terre inondée mentionnés dans l’ouvrage « La pensée chinoise » de Marcel Granet. De cette manière et à travers l’écopolitique de la théorie des contextes d’Anthony Wilden, l’approche écosystémique fait ses retrouvailles avec l’économie politique asiatique. Cette économie politique se fait connaître en Amérique et en Europe lors de la mondialisation du XXIe siècle. Avec l'écosystémique, Jacques Attali a trouvé une utilisation dans son modèle économique étagé en espace des prix, espace des valeurs et l'espace de l'information généralisée. Le prix est simplement le niveau de la réalité physique, le deuxième concerne la réalité psychique des significations et valeurs conférées aux éléments de la réalité physique. Le troisième espace se rapporte à la réalité symbolique des croyances de la religion et des règles de conduite de la morale. Il s'agit des niveaux de réalité de l'approche écosystémique. modifier Au XXe siècleCet éventail d’application se trouve dans l’AFCET (Association Française de Cybernétique Économique et Technique). C’est peut-être par les automates que la cybernétique française de la moitié du XXe siècle soit devenue une automatique des automaticiens. De là, la cybernétique et la systémique sont inextricablement entrelacées, peut-être comme structure et processus, à la manière de culture et communication, selon Ray Birdwhistell. Après les automates de la mécanique horlogère, arrive la "tortue" du neurophysiologue William Grey Walter, capable d'interactions avec l'environnement et qui préfigure les missiles auto-guidés et les bombes intelligentes. Cette "tortue" est vraiment un système téléonomique. (la téléonomie est l'étude des systèmes finalisés par une stabilité; recherche de la stabilité structurelle et non du changement, en anglais: goal seeking systems) L’information n’est plus une mesure de probabilité d’occurrences, un signal physique, mais un signe avec signification et valeur. Il s’ensuit que le signal physique soit porteur de signe psychique. C'est le contraste entre l'ancienne communication de la transmission des signaux physiques du type émetteur-canal-récepteur et la "nouvelle communication" (cf. Yves Winkin) de la mise en commun des valeurs et significations au niveau social et de la communion autour des croyances et des règles de conduite au niveau culturel. La systémique, elle, consiste dans une réflexion sur la cohérence structurelle et la cohésion fonctionnelle des composantes d’une totalité modulaire dont l’illustration pourrait être un mobile de pièces reliées les unes aux autres en un équilibre quelconque. Bien avant, au XIXe siècle, le physiologiste français Claude Bernard (1813-1878) affirmait que les systèmes n’existent pas dans la nature, mais qu’ils sont une vue de l’esprit des cliniciens interprétant un groupement d’organes et leurs fonctions comme une totalité cohérente. Avec l’arrivée de Gregory Bateson, des anthropologues, des sociologues, des linguistes et des psychiatres, la systémique est passée de la biologie aux sciences sociales, passant du structuralisme à l’écosystémique. Le mathématicien Jacob Bronowski s'est toujours refusé à dissocier la science de la conscience, la nature de l'esprit. modifier Système et métasystèmeLa systémique simple des ingénieurs est généralement de nature cybernétique (de première génération, celle du signal du processus de production, de reproduction et de correction). L'écosystémique complexe est de l’ordre de la cybernétique de deuxième génération, du signe (éventuellement « psychique ») porté par le signal physique, à l’exemple d’un disque ou d’un ruban magnétique sur lequel sont inscrits des signaux électromagnétiques. La Théorie de l'information de Claude Shannon, Waren et Weaver fait partie de la cybernétique de première génération et de la systémique simple des ingénieurs. L’écosystémique complexe vient de la deuxième révolution scientifique de l’information, non plus l'information du simple signal d'erreur, mais l'information du signe avec un sens, dans son triple sens d’orientation (comme dans « sens unique »), de pertinence (comme dans « bon sens ») et de signification. Gregory Bateson, avec ses collègues et disciples, a lancé cette deuxième révolution scientifique de l’information en introduisant la typologie logique (Principia Mathematica) de Bertrand Russell et Alfred North Whitehead. Cette théorie des types logiques, en métamathématiques, se déploie en une hiérarchie de niveaux de type logique de membres à classe et classe de classes, de méta en méta-méta. Elle postule qu’une classe ne puisse pas être membre d’elle même. Prenons l'histoire suivante pour éclairer cette abstraction métamathématique ;
De ce postulat de la théorie des types logiques, il s’ensuit que la classe et les membres ne peuvent avoir les mêmes propriétés et caractéristiques. Les expressions suivantes illustrent ce postulat :
Après la période de collaboration avec Jacques Lacan à l'Université Johns-Hopkins de Baltimore, MD, et à sa période californienne, Anthony Wilden a travaillé avec Gregory Bateson à l’élaboration d'une « cybernétique de deuxième génération ». Cette collaboration qui a donné « System and Structure. Essays on Communication and Exchange » édité en 1972 et suivi de plusieurs rééditions et traductions dont en français en 1983. De là, il a bâti la Théorie des contextes qui est une métaphore du déplacement et une métonymie de la condensation de cette approche écosystémique qui est une méthodologie, une métaméthode, méthode des méthodes, ou classe de méthodes, une sorte de boite à outils dont chaque outil est une méthode singulière appropriée pour résoudre une énigme particulière. Cette Théorie des contextes présente trois règles, dont la "règle d’extinction" qui permet de bâtir une hiérarchie de niveaux de type logique, de contrainte ou de dépendance et de vérifier son orientation. En premier lieu vient le système minéral de la lithosphère qui oriente et délimite les possibilités de vie du système organique de la biosphère qui, lui même, oriente et délimite les possibilités d’association des congénères animaux et végétaux du système social de la sociosphère.. Alors, le système biologique est l’environnement et le métasystème social, comme le système minéral est le fondement ("Grund" disait-on auparavant), l’environnement et le métasystème biologique. En exemple, l’écosystémique de la foresterie et des pêcheries, s’intéresse d'abord aux systèmes de relations (association phytosociologique des arbres et autres espèces en forêt) et des poissons avec leur environnement ou métasystème organique dont l'environnement est pour partie le système minéral de la lithosphère qui oriente et délimite les possibilités de vie sur la planète. Ainsi, pouvons-nous aller de système en métasystème et métaméta système, dans un recul à l’infini pour mieux percevoir, en reliant les niveaux pour mieux comprendre et en situant l’énigme à déchiffrer à son niveau pour mieux agir. La systémique simple des ingénieurs s’occupe des processus physiques ou des flux financiers dont l’environnement considéré est juste l’entourage de même nature que celle du contenu des flux et processus. C’est l’aplatissement des niveaux de contrainte, de dépendance ou de complexité au niveau où a lieu l’énigme étudiée. L’écosystémique hypercomplexe de l’humain tient compte du niveau culturel de la noosphère dépendant du niveau social de la sociosphère et tient compte en plus du niveau symbolique le plus complexe et le plus dépendant. En effet, le niveau symbolique est celui des croyances et règles de conduite qui orientent et délimitent les significations et les valeurs possibles du niveau culturel. L'écosystémique de l'agressivité humaine et du vieillissement humain est dans les interactions du physique de la neurologie et de l'endocrinologie de la biosphère avec le psychique de la sociosphère et le culturel des idées de la noosphère.
Georges Clemenceau disait: « La guerre est une affaire trop importante pour être confiée à des militaires ». En effet, les militaires risquent d'avoir le nez collé sur l'arbre de la guerre qui masque la forêt de lapolitique. Le Général Võ Nguyên Giáp a dit qu'une bataille fût à la fois diplomatique, militaire, politique et psychologique, comme la bataille de Điện Biên Phủ qui a conduit aux Accords de Genève et l'offensive du Tết aux Accords de paix de Paris.Clemenceau faisait de l’écosystémique sans le savoir, comme le bourgeois gentilhomme de Molière fait de la prose sans le savoir. En effet, l’écopolitique de la hiérarchie des niveaux de contrainte ou de dépendance, dans la Théorie des contextes de Anthony Wilden, met au niveau politique le choix de la paix et la guerre et l’attribution des ressources appropriées. Le niveau politique oriente et délimite les stratégies militaires et diplomatiques possibles au niveau de la stratégie du choix des batailles à engager avec des ressources qui leur sont attribuées. Ces batailles du niveau de la stratégie orientent et délimitent les combats au niveau tactique. Les militaires des guerres perdues sont ceux qui n’abordent pas le niveau politique des buts de guerre et de paix.
L'écosystémique en psychologie étudie et intervient sur l’Homme fait de boue minérale, suivant beaucoup de mythologies, mais aussi de sang, d’os et et de peau biologiques des cellules associées en tissus et les tissus en organes et appareils au seul niveau biologique nécessaire et insuffisant. Au niveau social est l'association des collègues, de ceux qui partagent la même loi (lex, legis) et le même héritage (legs). Loi et héritage sont au niveau culturel de l’ordre des idées. C’est le niveau de l’homo sapiens, ludens et demens, celui de la folie, le jeu et la sagesse orienté par les croyances et règles de conduite du niveau symbolique. L'écosystémique, alors, se déploie en Thérapies systémiques familiales dans la Relativité du normal et du pathologique.
modifier Communication et métacommunicationL'expérience la plus simple de ces notions est dans la manipulation d'une machine à calculer électronique où le contenu est constitué par les valeurs numériques fournies et la relation est formée par l'ordre donné à exécuter des opérations avec ces valeurs numériques. Dans cette interaction ergonomique, de l'exemple illustratif, entre l'Homme et la Machine, la communication se porte sur le contenu de chiffres et de lettres et la métacommunication se rapporte à la communication sur ou au sujet de cette communication, c'est-à-dire "quoi faire avec ces chiffres et ces lettres". Ces deux aspects se trouvent à des niveaux distincts de type logique. Dans la communication humaine, le message transmet le contenu dit "factuel" de l'ordre de l'information indicative d'un compte-rendu (report) et le métamessage propose une sorte de relation dans la mise en commun du type "voici comment je vois que vous me voyez vous voir ". Au-delà du contenu informatif, le comportement définit soi, autrui et la relation qu'ils sont susceptibles d'entretenir et la communication, à ce niveau de la métacommunication, est une tentative de mise en commun de cette définition. Les niveaux de type logique ou de contrainte sont distincts en saut quantique du type ou, bien l’un ou bien l’autre, en variation discontinue "digitale", comme les cinq "doigts" de la main, en contraste à la variation continue sur la paume de la main, à la racine des doigts avant qu’ils bifurquent et se disjoignent.
Pour Ray Birdwhistell, la relation entre "communication" et "culture" est de l'ordre de celle entre "fonction" et "structure".
modifier ThéorieL'approche écosystémique est à la conjonction des théories du système général (Ludwig von Bertalanffy et Jean-Louis Le Moigne, etc) en privilégiant les relations plutôt que les composantes où il est nécessaire de reculer pour mieux percevoir, relier pour mieux comprendre et situer pour mieux agir (Joël de Rosnay, le macroscope), des théories de la communication (Gregory Bateson, Ray Birdwhistell, Paul Watzlawick avec collègues et disciples) où tout comportement a valeur de message et de la cybernétique (Norbert Wiener, William Ross Ashby, etc) de la régulation par la rétroaction négative atténuatrice des déviances (interaction complémentaire) et la rétroaction positive amplificatrice des divergences (interaction symétrique en escalade de la course aux armements ou en surenchère de vantardises où à chaque "coup" répond un "coup" de même intensité ou légèrement supérieure). C'est surtout l'explication cybernétique déjà implicite dans l'évolution des espèces de Darwin et Wallace et explicitée par Gregory Bateson disant que parmi toutes les occurrences possibles, seule une "réponse appropriée" aux contraintes de l'environnement et du contexte ait les meilleures chances de survivre, de se développer et de se reproduire. Il est bien plus aisé de définir l'organisation par ce qu'elle fait - comportement, fonction et processus: c'est ce qui transforme, produit, relie ou maintient - que par ce qu'elle est: une structure, c'est-à-dire un agencement ou une configuration de relations et d'interactions entre composantes. La plupart des définitions disponibles nous conduisent sans cesse de la définition de fonction à celle de structure. Il est encore plus rare de trouver des descriptions de l'organisation en termes d'adaptation, de correspondance et de convenance (réponse appropriée) aux contraintes de différents ordres. La polymorphie des définitions de l'organisation correspond à celle des définitions du système. En résumé, il s'agirait de l'organisation du savoir sans cesser d'être le savoir de l'organisation.
La description de l'organisation en termes de correspondance, d'adaptation et de convenance aux conditions du contexte et de l'environnement révèle l'"explication cybernétique" qui, dans la terminologie de Bateson (Gregory Bateson, pp. 155-167, "Vers une écologie de l’esprit", tome 2, Seuil, Paris, 1980), est d'un type logique différent de celui à l'explication causale: il ne s'agit plus de savoir "pourquoi quelque chose s'est produit" mais de savoir quelles contraintes ont fait que "n'importe quoi ne se soit pas produit". modifier Explication cybernétiqueDéjà contenue en germe dans l’évolution des espèces de Charles Darwin, l’explication cybernétique, entrevue intuitivement par Alfred Russel Wallace, a été formalisée par Gregory Bateson, Jacques Lesourne et quelques autres, en contraste à l’explication causale de René Descartes.
Alors, une description d'une organisation possible n'est adéquate que si l'on inclut une description des contraintes exercées par le contexte et l'environnement sur ses possibilités d'action (comportement, fonction et processus), d'agencement (structure) et de devenir (évolution).Il est de même du comportement conçu comme un construit organisé d'activités, de la cellule jusqu'à la machine et aux institutions en passant par l'animal et l'homme. L'explication causale est, généralement, dite "positive" où, par exemple, une boule de billard B se déplace parce qu'elle est heurtée par une boule A sous tel ou tel angle et à telle vitesse. La trajectoire ou le comportement de la boule B est entièrement prédictible à partir des conditions initiales. L'explication cybernétique est dite "négative"dans l'examen des restrictions ou contraintes qui font que n'importe quoi ne peut se produire et que seule une "réponse appropriée" à ces contraintes peut survivre, se développer et se reproduire. À partir de l'explication cybernétique se déploient les principes de l' "équifinalité" et de "multifinalité"qui sont très loins du précepte "déterministe" ou peut-être plus exactement "causaliste" de René Descartes. L'équifinalité, formulée par Ludwig von Bertalanffy (p. 132, "General System Theory. Foundations, Development, Applications.", George braziller, N-Y.1968), dit qu'un même état final peut être atteint à partir de différents états initiaux, à travers dif-férentes voies et avec différents moyens. En d'autres termes plus habituels de causes et effets, des mêmes effets peuvent avoir des causes différentes. La multifinalité, formulée par Anthony Wilden en termes de causes et d'effets, dit que des mêmes causes peuvent produire des effets différents par la "diversité" des niveaux distincts de type logique, de contrainte ou de dépendance et par la "variété" des éléments à chaque niveau. La diversité est le décompte des niveaux distincts, tandis que la variété de Ross W. Ashby est le dénombrement des structures et fonctions différentes à un même niveau. L'approche écosystémique est plutôt un mode de pensée, une méthodologie dans le paradigme de l'information plutôt que dans celui de la matière-énergie et dans l'épistémologie constructiviste. Alors, elle se répand dans beaucoup de disciplines. L'approche écosystémique déplace l'analyse d'un phénomène à la conception d'un modèle de ce phénomène validé dans des simulations pour connaître son domaine optimal et ses limites. Elle déplace aussi l'explication à l'interprétation de l'énigme (Jean-Louis Le Moigne, théorie de la modélisation), à la suite de Abraham Moles. modifier Les caractéristiques
En psychologie, l'approche écosystémique tient compte de la relativité du normal et du pathologique, de la maladie et du symptôme dans le mesure où le malade "désigné" peut être le symptôme des interactions pathologiques dans le système familial homéostasique (Donald D. Jackson). La tuberculose pulmonaire, de maladie causée par le bacille de Koch peut être aussi le symptôme ou manifestation d'une maladie socio-économique et politique des mauvaises conditions de vie et de travail. La récurrence et la redondance des comportements permettent à l'observateur d'identifier et de définir les règles de conduite dont la totalité constitue le contexte familial de règles implicites d'interaction (Birwhistell), tandis que l'environnement familial est de l'ordre physique des arrangements matériels. L'entourage ou l'environnement familial est de l'ordre de la "réalité physique" constituée d'êtres, d'événements et d'objets directement observables, quantifiables et mesurables. L'ambiance familiale est de l'ordre de la "réalité imaginaire" des perceptions : sensations, significations et valeurs conférées à ces termes et systèmes de la réalité physique. Le contexte familial est de l'ordre de la "réalité symbolique" des règles d'interaction intra-familiale. Par la logique circulaire et les niveaux de la typologie logique, l'approche écosystémique aborde les paradoxes et double contrainte. modifier PratiquesL'approche écosystémique est plutôt une façon d'identifier et de définir un problème et de le définir pour concevoir une ou des solutions possibles. André Malraux a déjà dit que la question a plus d'importance que la réponse. En tant que méthodologie ou classe de méthodes dans la perspective de la typologie logique, l'approche écosystémique couvre un large éventail de champs d'application, de l'anthropologie, d'où elle est issue avec les pères fondateurs comme Gregory Bateson et Ray Birdwhistell, à la zoologie en passant par la foresterie et la psychologie dans les Thérapies systémiques familiales. En psychologie et avec l'apport des anthropogues, l'approche écosystémique tient compte de la "relativité du normal et du pathologique". À partir de la typologique de Russell et Whitehead introduite en sciences ssociales par Gregory Bateson, un de ses disciple, Paul Watzlawick a fait son cheval de bataille avec les “niveaux de réalité” où chacun fait de sa réalité la “Réalité”. modifier Niveaux de réalité
Au premier niveau physique est la réalité objectale nécessaire et insuffisante des êtres, faits et objets répérables, observables, quantifiables et mesurables directement par tous. Au deuxième niveau social est la réalité psychique imaginaire des significations et valeurs conférées aux éléments et systèmes de la réalité objectale précédente. Ainsi, un .fait" ne devient "événement" que par ses effets et réprcussions dans l'esprit des personnes. Lorsque tout est oublié il n'y a plus d'événement, seulement un fait enregistré dans quelque archive. Au troisième niveau culturel est la réalité symbolique des croyances et règles qui orientent et délimitent les significations et valeurs possibles des parties de la réalité objectale. Ainsi se révèle la relativivité du bien et du mal, du normal et du patholologique, du beau et du laid, du juste et du faux. À ces réalités, il y a aussi la "réalité bureaucratique" où est "réel" tout ce qui est inscrit sur des documents officiels. Dans le ciel calme et serein du début des années 70, un rapport d’expérimentation, publié dans la vénérable revue "Science", a éclaté comme une bombe. Des étudiants "normaux" et parfaitement sains se sont portés volontaires pour cette expérimentation. Ils ont été présentés à un hôpital psychiatrique avec leur "dossier médical" mentionnant leur "maladie". Pendant leur séjour, tout le monde les prenait vraiment pour "fous", avec des symptômes appropriés et adéquats à leur "maladie officielle", sauf les "fous", bien entendu. Cette expérimentation venait appuyer les positions de Thomas Szasz. L’approche écosystémique en sciences sociales tient compte particulièrement de la réalité symbolique des croyances de la Religion et des règles de conduite de la Morale qui oriente et délimite les significations et valeurs de la réalité psychique imaginaire. modifier Complication et complexitéLe principe de Heinz von Foerster "Order from Noise" du "constructivisme", diversement mis en œuvre sous différents noms. Il est aussi un principe d’auto-organisation et de complexité chez Edgar Morin et Henri Atlan pour qui la condition de l’auto-organisation est la "redondance" initiale élevée qui n’est autre que la "variété" de Ross W. Ashby. La redondance est le déploiement d’une multitude de versions différentes d’un même schéma dans l’identité des différents et l’unité des distincts. La “variété” de Ashby est le dénombrement de structures différentes et de comportements différents exhibés par un système. La redondance se déploie en deux formes:
La complication est de l’ordre de la redondance structurelle d’une configuration avec (cum) beaucoup de plis (latin: plico, are, atum: plier). La complication, multiplication, duplication et réplication sont de la même série des plis et plissements. C'est la multiplicité des circuits de commande pour effectuer une même fonction. La complexité est une configuration avec (cum) un nœud (plexus) d’entrelacents d’enchevêtrements. Alors, la complexité est de l’ordre de la redondance fonctionnelle, comme un restaurant qui présente un menu de 40 plats différents. Une machine à bois combinée d'artisan qui scie, rabote perce et tutti quanti est représentative de cette complexité, comme une la perceuse électrique d'amateur avec une multiplicité d'accessoires pour différentes fonctions. modifier ConclusionIl semblerait que l’approche écosystémique rejoigne l’antique pensée chinoise qui s’est toujours refusée à séparer la nature de l’humanité qui se nourrit d’elle, le corps de l’esprit qui n’existerait pas sans lui. La pensée chinoise tient les relations pour plus importantes que les éléments disjoints. Pour étudier un phénomène, elle préfère observer les variables d’entrée (input), les variables de sortie (output) pour interpréter les variables d’activité sans jamais expliquer. La médecine chinoise n’a jamais pratiqué de dissection et préfère étudier le corps humain en fonctionnement "in situ". La pensée chinoise conçoit l’univers en termes de flux continu de Chii, comme la première machine à mesurer le temps a été l’horloge à eau chinoise faite d’un écoulement régulier continu découpé en séquence par un dispositif à godets, en contraste à la pensée occidentale qui procède par unités discrètes et disjointes. La pensée chinoise suit un raisonnement analogique et procède par équivalence, ne reconnaît pas le tiers exclu, mais manipule les paradoxes du tiers inclus du type "à la fois l’un et l’autre". L’idéogramme représentant l’empereur, le souverain (Wang, Wong ou Vuong), est fait de trois segments horizontaux superposés et reliés par un segment vertical qui fait la conjonction des trois ordres du ciel, de la terre et du vivant dont fait partie l’humanité.
En contraste à la civilisation occidentale urbaine issue des premières cités de l’entre-deux fleuves (la Mésopotamie), la civilisation chinoise est paysanne où celui qui détruit son environnement se détruit lui-même. L’alternance des saisons, de la lumière et de l’ombre favorise la notion de flux et de contraste harmonisé plutôt que d’opposition binaire des contrastes de la différence transformés en contradictions. La Théorie des contextes d'Anthony Wilden est une critique épistémologique de ce mode de pensée. L'approche écosystémique est une méthodologie pour aborder la complexité par la "diversité" des niveaux "distincts" de réalité et la "variété" des agencements et comportements "différents" à un niveau. modifier Références bibliographiques
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